<![CDATA[Ivan-Tsarevitch]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/ Une histoire à suivre pour les enfants à partir de dix ans. fr over-blog.com RSS 2.0 Generator <![CDATA[[14] Le départ]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/article-13978312.html - Vétérok, lança t-elle tout sourire à l’attention du poney, soit le bienvenu. Et elle flatta tendrement l’encolure de l’animal. « Si je t’ai fait appeler, c’est que ta vitesse et ton endurance nous seront d’une grande aide pour conduire Ivan auprès du Loup sorcier ». Le poney s’éboua et posa ses naseaux tièdes contre les paumes ouvertes d’Annouchka. - Il a un caractère difficile mais sa sagesse est grande et je sais qu’il émettra un avis éclairé quand au mal qui enflamme la patte de Michka. Agagneuk – elle se retourna doucement vers le renard — va réveiller Ivan pendant que je prépare votre départ.   Souple et légère, la petite flamme rousse fila vers la maison dans une gerbe d’étincelles. Le renard bondit sur le lit où dormait l’enfant et d’un coup de museau, fit rouler le galet spiralé qui marquait sa poitrine. La pierre tomba sur l’épais tapis qui recouvrait le sol dans un bruit mat et Joseph ouvrit les yeux.   Un quart d’heure plus tard, les présentations faites, c’est un Joseph échevelé et encore un peu engourdi qui enfourchait le poney gris d’un air mal assuré. - Soit sans crainte : Vétérok est un bon instructeur. A ton retour, tu seras devenu un excellent cavalier qui pourra chevaucher jusqu’aux chimères ! Une pointe de fierté réchauffa le cœur intimidé de Joseph et l’enfant se redressa avec assurance. Annouchka poursuivit : - Ta besace contient tout ce qui est nécessaire au bon déroulement de ton voyage, à l’exception d’une chose : as-tu conservé les pièces de monnaie trouvées près de la Miroitante ? Joseph se rappela le pensionnat, sa course derrière le renard ainsi que le baluchon blanc découvert près du ruisseau. Il porta machinalement la main à sa poche et fit tinter à travers le tissu les quelques pièces qu’il y avait découvertes. - Tout est là, Grand-mère. Je n’ai rien égaré. - Bien. Vous partez pour plusieurs jours : Agagneuk sera ton guide, ne le perd pas des yeux. Quand à Vétérok, veille toujours à ce que son repos soit assuré avant le tiens, car il est plus efficace que des bottes de sept lieues. N’oublie pas : sans eux, rien de possible ! Annouchka s’approcha du cavalier et enferma avec douceur sa petite main dans la sienne. - Je sais que tu reviendras vite, porteur de réponses indispensables pour Michka mais également riche de rencontres nouvelles et d’enseignements féconds pour toi. Partir est difficile, mais on rentre toujours plus inspiré et plus sage de ses différents voyages. Bonne route mon garçon.   Elle recula d’un pas. Joseph la fixa une dernière fois de ses grands yeux clairs et resserra instinctivement ses jambes autour des flancs de sa monture pour lui signifier leur départ. Le poney gris, alerte, fit demi-tour tandis qu’en tête de cortège, Agagneuk s’engageait sans attendre sur un petit chemin dérobé. Annouchka les suivit un moment du regard jusqu’à ce que la forêt finisse par engloutir tout à fait la silhouette du petit groupe. Elle jeta un rapide coup d’œil dans le ciel, salua d’un geste de la main le corbeau noir qui la survolait, remis en ordre les plis de son tablier et rentra dans la petite maison de bois, apaisée et satisfaite. 



 
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Wed, 21 Nov 2007 19:18:00 +0100 http://www.ivan-tsarevitch.com/article-13978312.html
<![CDATA[[13] Préparatifs]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/article-6737054.html Un vent d’Est se leva, canaille, balayant la cime des arbres d’une rafale mal élevée et brutale. Annouchka fronça le sourcil et réajusta le châle bariolé qui recouvrait ses épaules. Elle retourna vers la maison à pas lents et s’y réfugia en refermant sur elle la belle porte de bois sculpté. À l’intérieur, la pénombre et la douce chaleur émise par le poêle contrastaient agréablement avec la fraîcheur et la luminosité crue de cette matinée d’avril.  Elle se dirigea vers un grand coffre en bois peint et en souleva délicatement le couvercle bombé. Elle extirpa de sa cachette un harnais de cuir rouge, une gibecière ainsi qu’une cape rehaussée d’un capuchon et empila avec satisfaction les trois objets sur un petit trépied. Elle trottina ensuite vers l’autre pièce où elle entreprit de préparer plusieurs encas. Non loin, Joseph dormait profondément, paupières clauses. Sa poitrine soulevait à intervalle régulier le curieux galet posé sur son cœur. Il avait le souffle calme de ceux qui, même entourés de flammes, se savent en sécurité. Non loin de lui, l’ourse gisait, roulée en boule dans le grand fauteuil de bois. Dans son demi-sommeil douloureux, Michka grognait et ronflait avec la discrétion qui caractérise le repos des carnivores amenés à peser un jour plus de deux cents kilos. En la regardant travailler, enveloppant avec soin des morceaux de pain et de viande séchée dans des pièces de lin blanc, elle aurait pu faire penser à la mésange architecte ou à l’araignée brodeuse : chaque geste était précis, mesuré et réfléchit. Elle remplit la musette avec les provisions fraîchement préparées, soupesa le fardeau pour en vérifier le poids et acheva son travail en y rajoutant une gourde et un petit couteau. 
Ces préparatifs achevés, Annouchka vint s’assoire à côté du poêle, reprit un ouvrage de broderie laissé de côté et en attendant patiemment l’arrivée de Vétérok et du renard, ses yeux d’oiseau de nuit fixés sur l’ouvrage révélé par les braises incandescentes, elle se remit à broder. Une demi-heure plus tard, Vétérok s’annonçait à l’entrée de la masure, accompagné d’un vigoureux poney gris dont la crinière épaisse coulait en cascade sur une belle encolure.  
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Sun, 03 Jun 2007 21:05:00 +0200 http://www.ivan-tsarevitch.com/article-6737054.html
<![CDATA[[12] Antidotes et poisons]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/article-6337318.html Annouchka retrouva l’ourse et l’enfant assoupis dans le grand fauteuil, à l’exacte place où elle les avait laissés. Joseph, écrasé de sommeil, dormait à poings fermés, tandis que Michka se réveillait peu à peu en se plaignant doucement. Dans la main de l’enfant, le fragment de métal brillait d’un bien curieux éclat. Annouchka le soustrait des mains du garçon et le glissa dans sa poche. Puis avec délicatesse, elle manipula la patte de l’ourse et observa l’entaille. La plaie suintante ne se refermait pas.
- Je reviens m’occuper de toi, dit-elle à Michka en repoussant légèrement la petite malade, mais pour le moment je dois d’abord m’occuper du sommeil de celui-là. Elle enlaça Joseph et — chose extraordinaire pour son grand âge, le souleva avec autant d’aisance que s’il avait pesé moins lourd qu’un oreiller de plumes. Elle le coucha dans un coin de la pièce et le borda avec soin.
- Il faut chasser la fatigue, murmura telle en s’éloignant ; elle revint quelques secondes plus tard avec un galet blanc à la surface duquel s’enroulait une harmonieuse spirale tracée à l’encre noire. Tout en plaçant le galet sur la poitrine de l’enfant, elle se mit à chantonner tout bas : - Une heure de perdue, quatre heures de gagnées. Ivan épuisé renaîtra, par ce sommeil bien singulier… Une heure de perdue, quatre heures de gagnées. Ivan épuisé renaîtra, par ce sommeil bien singulier… Une heure de perdue…  
Annouchka était soucieuse. Après avoir achevé sa chanson, elle retourna auprès de Michka pour lui donner à manger. La guérison espérée ne s’était pas produite : le corps étranger avait bien été délogé par les massages et l’onguent administré par Joseph, mais la plaie refusait de cicatriser. La vieille femme fit appel à sa mémoire ; en 105 ans, pareille déconvenue ne lui était jamais arrivée : ses potions avaient toujours eu l’effet escompté… Si la blessure ne cicatrisait pas, c’est que quelque chose s’opposait au pouvoir régénérant de son remède.   Elle fouilla dans sa poche pour examiner le morceau de métal. De forme triangulaire, il ne mesurait que quelques centimètres et luisait, sombre et inquiétant, dans la paume de la vieille dame.
- Un métal enchanté, je le crains, pensa t’elle. Annouchka sorti de la maisonnette et lança un appel bref à l’aide d’un minuscule sifflet d’agent dégagé des plis de sa robe. Quelques secondes s’écoulèrent et le renard roux qui, la veille, avait entraîné Joseph loin de son pensionnat, sorti de sous un buisson. La mine enjouée, il vint retrouver Annouchka et s’assit à ses pieds. 
- Agagneuk, petite flamme, j’aurai bien besoin de toi lui dit-elle en lui grattant l’oreille. Cours, va chercher Vétérok et ramène-le moi.  Aussitôt dit, aussitôt obéie : le renard se releva d’un bond et disparut dans les taillis.    
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Mon, 09 Apr 2007 22:12:00 +0200 http://www.ivan-tsarevitch.com/article-6337318.html
<![CDATA[[11] Le remède]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/article-6244115.html Elle se déchargea silencieusement de son fardeau aux pieds de Joseph et plongea ses beaux yeux dorés dans les siens. - Le pot d’argent renferme un baume qui possède deux vertus : un effet sédatif sur la douleur qui soulagera Michka, et une propriété magique qui devrait extirper l’éclat de fer logé dans sa pelote plantaire. Mais c’est un processus long car le remède n’agit qu’une fois le soleil couché : cela pourra prendre la nuit, peut-être plus. Voici ce qu’il te faudra faire. Joseph, fatigué mais attentif, attendit avec curiosité qu'Annouchka lui donne ses instructions. - Prélève du pot une bille d’onguent grosse comme un sarment de noix, lui dit-elle, et applique-la sur l’ensemble de la blessure en massant la patte de Michka jusqu’à la complète absorption du remède. Il restera alors sur sa peau une fine pellicule blanche que tu nettoieras soigneusement avec l’eau de la fontaine. Sèche ensuite la blessure et recommence l’application de l’onguent, le massage et ainsi de suite, jusqu’au lever du soleil. C’est une médication contraignante pour qui se charge de l’administrer au malade, mais si tu es régulier dans cette tâche, j’ai bon espoir de trouver Michka sortie d’affaire aux premières heures du jour. Elle caressa les cheveux du garçon en lui demandant à voix basse : - Te sens-tu prêt à accompagner Michka jusqu’à son rétablissement ? Joseph répondit oui d’un signe de tête. La vieille dame approcha du grand fauteuil un guéridon et y plaça le petit pot d’argent, le carré de grosse toile et un bol d’eau pure tirée du seau. Puis après avoir salué l’enfant, elle s’éclipsa dans la pièce attenante et ne reparut plus. Resté seul, le jeune garçon ôta délicatement l’épais bandage qui protégeait la blessure et entreprit de la nettoyer. L’éclat de fer était là, enfoncé terriblement loin dans la chair. La plaie était impressionnante, aussi, en commençant l’application du traitement, Joseph chantonna t-il à voix basse pour se donner du courage. Michka se réveilla, grogna, marqua sa désapprobation et sa douleur en mordillant l’épaule de Joseph. Puis, après quelques minutes d’agitation, aidée par les effets calmant du baume d'Annouchka, elle retomba en ronchonnant dans un demi-sommeil.  Toute la nuit, inlassablement, le garçon massa la patte de Michka avec la régularité d’un métronome. Au début de chaque nouveau cycle, il observait avec satisfaction que l’éclat métallique sortait un peu plus du cocon de chair dans lequel il s’était logé et chaque pas de plus vers la guérison lui donnait l’énergie nécessaire pour continuer. Aux premières lueurs du jour, comme Annouchka l’avait prédit, l’éclat de fer était complètement sorti.
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Sun, 01 Apr 2007 14:00:00 +0200 http://www.ivan-tsarevitch.com/article-6244115.html
<![CDATA[[10] Michka]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/article-5309731.html Le jeune garçon déposa la bougie et l’assiette de nourriture sur le guéridon qui jouxtait la couche de la petite malade et se pencha prudemment sur elle. Au-dessus du drap, dépassaient quelques cheveux roux, courts et drus. Étrange chevelure pour une petite fille… La silhouette dessinée par les contours du drap, il s’en rendait compte à présent, était elle aussi bien singulière : petite, extraordinairement ronde et trapue… « Michka doit avoir une grande tendresse pour les gâteaux » pensa Joseph. Il approcha sa main du drap avec lenteur, s’en saisi et découvrit délicatement la tête de l’enfant. La bougie qui éclairait faiblement la couche révéla au garçon un spectacle étonnant. Son geste fut arrêté par la surprise et sa main, figée, ne sut pendant quelques secondes ce qu’il convenait de faire : sur le matelas de laine, gisait une toute petite oursonne rousse à la patte gauche soigneusement empaquetée sous un épais pansement. Elle ouvrit sur lui un œil brillant de fièvre et toisa l’intrus d’un air bougon.   - Bonsoir Michka, murmura Joseph avec émotion. « Je ne pensais pas… » il la contemplait avec ravissement, tout heureux de pouvoir détailler un si bel animal « je ne pensais vraiment pas avoir à faire à quelqu’un comme toi ! » L’ourse bailla et tourna un museau intéressé vers l’écuelle de soupe qui trônait à côté. Joseph retira tout à fait le drap qui recouvrait la couche et y enroula l’animal qui se laissa manipuler, mollement. Il souleva Michka, la cala contre sa hanche comme il avait appris à le faire lorsqu’il lui était arrivé de garder César et Clément, les jeunes fils de la boulangère et saisi l’écuelle de soupe. Ainsi chargé, tel un équilibriste, il s’installa dans un grand fauteuil de bois qui craquât sous leur poids. Puis, comme le lui avait demandé la vielle dame, il entreprit de nourrir consciencieusement Michka, cuillerée après cuillerée, avec une maladresse touchante que contrebalançait une grande application. Mais donner la becquée à une ourse, si mignonne fût-elle, n’avait rien d’une sinécure et la petite Michka, dont la gourmandise naturelle était refrénée par une trop grande faiblesse, se lassa rapidement de la bouillie proposée par Joseph. À la cinquième bouchée, elle détourna la tête. Le jeune garçon eut beau approcher la cuillère de soupe du petit museau et encourager l’ourse à voix basse, rien n’y fit. - Il faut être patient, dit Annouchka en se dirigeant vers eux. « Dans une demi-heure… » elle retourna un gros sablier pour illustrer ses paroles « nous ferons à nouveau tiédir la bouillie et nous réessaierons ». Elle prit le récipient des mains de Joseph. « Es-tu bien installé, Ivan ? » Les paupières lourdes de sommeil, le garçon opina de la tête. - Bien. Dit la vielle dame. Elle parti déposer l’assiette dans l’autre pièce et revint chargée du seau d’eau qu’ils avaient transporté depuis la fontaine, d’un carré de grosse toile et d’un petit pot d’argent finement ouvragé. Sur la poitrine de l’enfant, l’ourse s’était endormie.  









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Thu, 18 Jan 2007 22:45:00 +0100 http://www.ivan-tsarevitch.com/article-5309731.html
<![CDATA[[9] Le refuge]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/article-5126551.html Au milieu de la forêt noire et bruissante, la présence de la frêle vieille dame ouvrant la marche devant lui était étonnamment rassurante. Quelque chose de beaucoup plus grand, de beaucoup plus fort qu’elle émanait de sa personne,  la transcendait. Joseph, qui quelques minutes auparavant seul, perdu, avait dû faire face à la plus grosse frayeur de sa vie était à présent d’un calme extraordinaire. Chaque pas effectué dans le pas de son guide atténuait un peu plus sa peur et son appréhension, les faisant fondre, lentement.  
Après vingt minutes de marche dans la pénombre, Joseph dont la concentration avait permis de ne pas renverser une goutte du précieux liquide, déboucha avec la vieille dame sur une seconde clairière, de dimensions plus réduites. - Nous y voilà. Annonça sobrement Annouchka. Face à eux, une petite maison de bois se tenait bien droite, comme au garde-à-vous. Ses deux fenêtres éclairées auraient pu figurer deux yeux. Elle semblait les attendre. La lune était haut dans le ciel. Il devait être bien tard à présent. 
La vieille dame éteignit sa lanterne, entra dans un vestibule juste assez grand pour eux deux et invita Joseph à se déchausser. A l’intérieur, tout était d’une propreté rutilante. Les cuivres brillaient, se renvoyant en écho le rougeoiement d’un poêle. Au mur, des tapisseries chamarrées rehaussées d’or et de broderies régalait l’œil et par ses épais tapis, le sol était une bénédiction pour les pieds nus du voyageur fatigué. 
Fourbu, frigorifié, joseph s’approcha timidement du poêle antique qui réchauffait la pièce. Un tabouret de bois trônait à côté, comme une invitation. Quelque part, un curieux grognement s’éleva. 

- Assieds-toi, lui enjoignit doucement la vieille dame. Elle s’éclipsa dans une pièce attenante et revint avec une grande bolée de soupe.  - Bon appétit, sourit elle. Joseph trempa ses lèvres dans le liquide tiède. La soupe était comme le sourire de la vieille femme : riche, velouté, rassasiant, délicieux. Lorsque le garçon eût fini, elle lui retira le bol des mains et le remplaça par une écuelle généreusement remplie d’une préparation odorante inconnue.   - Pour Michka, précisa t’elle en lui tendant une grande cuillère de bois. Essaye de la nourrir pendant que je termine la préparation de l’onguent. Je ne l’entends pas : elle dort. Réveille-là doucement. 

Joseph balaya la salle du regard sans y trouver de petite fille. Une lueur espiègle traversa l’œil de la vieille dame. 

- Elle est là-bas, lui précisa t’elle en désignant le recoin le plus sombre. Puis elle disparut à nouveau dans la pièce attenante. 
Joseph se leva, se saisit d’une bougie qui brûlait non loin et s’approcha de l’endroit signalé sur la pointe des pieds. Un bref grognement se fit à nouveau entendre.  En face de lui, tout contre le mur, dissimilé par un drap de lin, une petite silhouette gisait sur un épais matelas. ... Chapitre suivant ... ]]>
Tue, 09 Jan 2007 12:00:00 +0100 http://www.ivan-tsarevitch.com/article-5126551.html
<![CDATA[[8] Annouchka]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/article-5102639.html Un soulagement intense envahis le garçon : il n’était pas seul, on ne l’avait pas oublié. Avoir parcouru tout ce chemin n’était pas une erreur : quelqu’un l’attendait. Apercevant Joseph, la vieille dame arrêta sa chanson, fit un effort pour lever sa lanterne et considéra le garçon hirsute et dépenaillé qui se tenait devant elle avec un regard tendre et amusé.   - Bonsoir, Ivan. Est-ce le froid ou est-ce la peur qui te fait trembler comme un moineau terrifié ?   « Ivan ». Les larmes montèrent aux yeux de Joseph. Sa déception était immense. On l’avait confondu avec quelqu’un d’autre. Ce n’était pas lui qu’on espérait… Mais il se reprit, répondant poliment et tâchant de ne rien laisser paraître.   - Un peu des deux, Grand-mère. Je ne suis pas à l’aise ici et il est bien possible que je me sois égaré. Mais il fait sombre et vous vous trompez : je m’appelle… - On t’appelle Joseph, mais ton vrai nom est Ivan. Peu de monde connaît son véritable nom et c’est mieux ainsi : l’ayant appris, beaucoup ne sauraient qu’en faire. Joseph accueillit cette annonce avec circonspection.   - M’aiderai-tu à remplir ce seau et à le porter jusque chez moi ? - Bien sûr. - Michka est malade et a besoin de soins. Tu passeras la nuit chez nous, ensuite… La vieille dame regarda Joseph avec bonté et lui sourit. - …nous verrons bien.   Joseph s’avança pour prendre délicatement le seau des mains de la vieille dame et approcha le récipient  de l’arrivée d’eau de la fontaine avec précautions, par égard pour le bel édifice. Le gazouillis cristallin qui roulait dans le vieux seau de bois, les reflets de la lune qui dansaient sur la surface liquide, la vieille dame énigmatique qui se tenait à ses côtés, tout conférait à la scène qu’il était en train de vivre un caractère surnaturel. Etait-il vraiment éveillé ? La question effleura le garçon, qui l’estompa d’un sourire. Quelle importance ? Il était bien.   Une fois le seau rempli, il le posa à terre, rassembla ses maigres affaires et cala les deux fardeaux sur ses épaules du mieux qu’il pu. Ainsi harnaché, il signifia d’un regard à la vieille dame qui l’attendait qu’il était prêt à partir, et le curieux cortège s’ébranla. Devant lui, la vieille dame ouvrait la marche, se hâtant dans sa lenteur, le pas las mais assuré.  Elle était inquiète. « Michka est malade » pensa Joseph. « C’est pour elle qu’on se hâte ». Qui était Michka ? Une petite fille, sans doute. Fluette, elle aussi. Avec de longs cheveux roux… - Grand-mère ? demanda t’il tandis qu’ils cheminaient à travers la forêt, laissant la clairière et la fontaine loin derrière eux. - Oui, Ivan ? - Je ne connais pas votre nom…
La vieille dame s’arrêta et se tourna vers Joseph. La lumière vacillante de la lanterne l’éclairait parfaitement et le garçon pu l’observer sans difficultés pour la première fois. Un peigne élégant retenu par des cheveux blancs impeccablement crantés, une peau délicate, finement ridée, une odeur suave, délicieusement désuète, mélange de sent-bon et de savon de Marseille, un tablier impeccable… et deux yeux extraordinaires de bonté et de malice. « Elle a dû être très belle, pensa Joseph, et elle l’est encore… ». A son cou, un curieux médaillon pendait après une longue chaîne d’or.
- Bien sûr, que tu le connais. C’est le premier et le seul nom que tu ai utilisé : autrefois, lorsque j’étais jeune fille, sourit elle, j’étais Annouchka. Aujourd’hui… je suis telle que tu m’as nommée. Elle repris sa route. « Appelle-moi Grand-mère ».    


















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Tue, 02 Jan 2007 17:36:00 +0100 http://www.ivan-tsarevitch.com/article-5102639.html
<![CDATA[[7] Seul ?]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/article-4535591.html Mon, 13 Nov 2006 22:56:00 +0100 http://www.ivan-tsarevitch.com/article-4535591.html <![CDATA[[6] La fontaine]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/article-4087029.html Le jeune garçon avançait vite maintenant qu’il avait enfilé ces chaussures de cuir : elles lui faisaient le pas élastique, rendant Joseph infatigable. « Des bottes de sept lieues » sourit-il. Progresser entre les branches, les ronces et les vieilles souches  n’était pas chose aisée, mais ce n’était pas là non plus la principale difficulté. Le véritable écueil pour Joseph qui n’était pas marin, était le risque de perdre son cap. Marcher « droit devant » selon les instructions du galet était d’une difficulté proportionnelle à la simplicité de la demande. Car dans ce décor foisonnant, comment être sûr qu’il ne tournait pas en rond ? Toutes les forets du monde devaient regorger des fantômes de gens égarés refaisant éternellement le même trajet circulaire avec la certitude d’avancer…
Surprit de la rapidité avec laquelle la nuit l’avait rattrapé, le garçon prit peur. Il allait céder à l’affolement lorsque droit devant, à travers le paravent ondoyant de la végétation, ses yeux rencontrèrent le clin d’œil rassurant d’un lointain halo lumineux.  Autour de lui le sous-bois était dense, la terre exhalait des parfums d’humus et de fougère et ça et là, de larges trouées dans la coupole végétale inondaient le sol de lumière. La forêt, silencieuse, murmurait parfois quelque chose qui se répandait comme un écho à travers elle et alentours, pas un oiseau ne chantait. C’était comme si chacun retenait son souffle en regardant passer le petit homme. Joseph, grisé par sa liberté toute neuve ne prêtait pas attention à cet étrange silence. Le jour se mit à décliner. Dans le sous-bois les zones d’ombre s’épaissirent, la visibilité, même pour de jeunes yeux comme les siens, devint mauvaise et en quelques minutes la fin de l’après-midi s’en alla. Pour la première fois de sa vie, Joseph se retrouva confronté au soir, seul, loin de tout et sans savoir où se réfugier pour dormir. La forêt qui jusque là avait été muette, raisonnait à présent des plaintes lointaines d’animaux inconnus. Ce sous-bois dans lequel il avait cru avancer seul lorsque le soleil dominait la campagne se peuplait à présent de silhouettes furtives qui se transformaient à son approche, devenant tour à tour animaux, feuilles ou souffle de vent. 
Traversant dans un dernier élan l’amas végétal qui lui barrait le chemin, Joseph déboucha sur une clairière. Là, comme perdue au milieu de nulle part, une petite fontaine blanche juste assez large pour étancher la soif d’un homme et son cheval semblait l’attendre dans un clapotis charmeur. Il n’en fallait pas plus pour encourager ce garçon optimiste : Joseph reprit confiance et s’avança doucement du petit édifice de pierre.  ... Chapitre suivant ... ]]>
Sat, 07 Oct 2006 17:10:00 +0200 http://www.ivan-tsarevitch.com/article-4087029.html
<![CDATA[[5] En route !]]> http://www.ivan-tsarevitch.com/article-3807686.html Le lendemain, après avoir trépigné d’impatience toute la matinée, Joseph expédia son repas et laissa le réfectoire derrière lui. Dans les couloirs qui le menaient dehors il palpa la poche de sa veste. Le galet était toujours là, bien à l’abris sous le tissus. Il ne lui fallut que quelques minutes pour quitter discrètement l’enceinte du pensionnat et galoper à travers champs jusqu’à la rivière. Dans le sous-bois il retrouva la fraîcheur et la quiétude de la veille… mais de renard, point. Joseph tourna en rond quelques minutes, prenant conscience qu’il ne savait pas précisément ce qu’il était venu chercher. Dépité, il enfourna ses mains dans ses poches, l’air songeur. « Quel âne » fini t’il par se dire en haussant les épaules. Il s’apprêtait à tourner les talons lorsqu’il remarqua un petit taillis à quelques mètres de l’autre côté du cour d’eau : c’était à cet endroit précis que le renard avait disparut la veille. Ecoutant son intuition, Joseph traversa la Miroitante , s’agenouilla devant le buisson et en écarta les feuilles avec précaution. Ce que découvrit le jeune garçon dans cet écrin végétal fit pétiller son regard de plaisir et de curiosité : il ne s’était pas trompé, il avait eu raison de venir. Une solide paire de chaussures attendait sagement aux côtés d’un baluchon blanc. Avec précaution, il défit le nœud du tissu pour découvrir ce que le sac renfermait : du pain et du fromage pour deux jours, une somme d’argent modeste et… un galet blanc sur lequel il pu lire : Marche droit devant jusqu’au soir. A la tombée du jour, je t’attendrai au pied de la fontaine.   Et tout en énumérant la multitude de bonnes raisons qui auraient dû le pousser à rebrousser chemin, Joseph glissa le galet dans sa poche, enfila les chaussures, cala le baluchon sur son épaule et se mit à marcher droit devant. « Marcher jusqu’au soir » ? Mais pour aller où ? Et pour rencontrer qui ? Joseph était un garçon calme et réfléchit. Aussi l’analyse de cette proposition lui parut-elle aussi risquée qu’absurde. Les routes n’étaient pas sûres, son sens de l’orientation très relatif et s’il jouait efficacement des poings pour avoir la paix dans les couloirs du pensionnat, il savait ses bras trop maigres pour le défendre du monde extérieur en général et des bêtes sauvages en particulier.   ... Chapitre suivant ... ]]> Wed, 13 Sep 2006 07:40:00 +0200 http://www.ivan-tsarevitch.com/article-3807686.html